Biographie
Mélodie Michel est entrée à
l’unanimité dans la classe d’orgue d’Olivier Latry et de
Thomas Ospital au CNSMDP en 2020, à l’âge de 16 ans. Mélodie est
une jeune musicienne franco-américaine qui a été formée à
l’orgue par Jean-Baptiste Robin au CRR de Versailles, où elle a
également étudié le piano, le violon, l’alto, et l’écriture
musicale.
En tant qu’organiste, Mélodie s’est
déjà produite en concert dans plusieurs églises et abbayes dont la
Cathédrale Notre-Dame de Paris, l’église Saint-Sulpice, la
basilique Sainte-Clotilde, l’église Saint-Eustache, l’Abbatiale
Saint-Robert de la Chaise-Dieu, la Chapelle Royale de Versailles,
l’Abbaye de Royaumont, la Cathédrale de Nîmes, et l’église
Notre-Dame-de-Lourdes à Saint-Pétersbourg, en Russie.
Mélodie a eu l’immense privilège de
co-inaugurer l’orgue de Zaryadye Hall à Moscou lors d’un
marathon de 24 heures, réunissant 24 organistes de renommée
internationale. Elle a également participé au marathon de
l’intégrale de l’œuvre pour orgue de Bach donnée à la
Philharmonie de Paris. Elle se produit régulièrement en
concert en Allemagne, notamment à Weimar, Stuttgart, Bayreuth,
Mannheim, Bonn et Tübingen. En août 2022, elle s’est produite au
Festival de la Chaise-Dieu où elle a joué avec le chœur Sequenza
9.3 sous la direction de Catherine Simonpietri.
Mélodie a remporté en octobre 2021 le
Premier Prix du Concours André Marchal «L’Orgue des Jeunes ».
Elle est également lauréate du 24ème concours Albert Schweitzer
Organ Festival Hartford High School Division aux USA. En octobre
2024, Mélodie a remporté le Prix du Développement Artistique du
Concours International d'Orgue du Canada.
Commentaires des oeuvres
Grégoire Rolland – Omoï
Grégoire Rolland est un
compositeur et organiste français né en 1989. Sa formation musicale
l'a conduit à obtenir des diplômes prestigieux, notamment un master
d'écriture, un prix d'analyse, un master d'orgue et un prix
d'orchestration au Conservatoire National Supérieur de Musique de
Paris. Il a également étudié la composition à la Haute École de
Musique de Genève et la musique et musicologie à la Sorbonne.
Son œuvre s'inspire principalement du
chant grégorien, de la nature et des cultures asiatiques, en
particulier chinoise et japonaise. Il développe une technique de
composition qui associe la temporalité de l'écriture des
idéogrammes asiatiques au déploiement de formes musicales
correspondantes.
"Omoï" est une composition
initialement écrite pour orgue seul en 2011, en hommage aux victimes
du tsunami et de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Le titre
"Omoï" signifie "mémoire" ou "souvenir"
en japonais.et l'œuvre est basée sur le chant traditionnel japonais
"Furusato", qui évoque le souvenir du village natal et
l'importance de ne pas oublier ses racines .
Rolland découpe et modifie la
première phrase du chant en plusieurs motifs, utilisant
principalement des intervalles de secondes et de tierces. Les
harmonies ainsi crée diatoniques généralement consonantes,
reflétant la suspension temporelle et la contemplation introspective
liées au souvenir .
Initialement crée pour l'orgue,
l'œuvre a été ensuite portée à l'orchestre avec orgue. Elle a
été interprétée lors de concerts, notamment au sein de
l'Auditorium-Orchestre national de Lyon .
Michelangelo Rossi – Toccata settima
Rossi (vers 1601 – 1656) est un compositeur, violoniste et
organiste italien de la période baroque, reconnu notamment ses
Toccate e Correnti d’intavolatura d’organo e cimbalo,
publiées vers 1634. Ces pièces illustrent son style unique, mêlant
virtuosité instrumentale et expressivité dramatique.
Parmi ses dix toccatas, la
Toccata Settima (en
ré mineur) se distingue par son audace harmonique et
son expressivité. Elle compte deux sections, développée dans un
style relativement simple, avec des harmonies qui peuvent surprendre
nos oreilles plus habituées aux harmonies classiques (Mozart,
Beethoven,...), comme un reste des harmonies médiévales. La seconde
section est remarquable par l'introduction de nombreuses dissonances
et pour son final
d'une intensité chromatique saisissante,
qui évoquent la liberté de Johann Froberger (organiste
allemand de la même période).
Dans son ensemble, la Toccata Settima reflète également
l'influence de Girolamo
Frescobaldi (organiste de la basilique St Pierre de Rome à peu près
à la même époque),
avec une structure alternant toccatas et courantes, et une
écriture riche en contrastes de textures et de climats .
Jacques Boyvin – Suite du 3eme ton
Jacques Boyvin (vers 1653–1706) est un compositeur et organiste
français majeur de la fin du XVIIᵉ siècle. Né à Paris, il est
nommé en 1674 organiste titulaire de la cathédrale Notre-Dame de
Rouen, où il exerce jusqu’à sa mort. Boyvin laisse deux livres
d’orgue (1689 et 1700), chacun comprenant huit suites dans les huit
tons ecclésiastiques, totalisant 120 pièces liturgiques.
La Suite du 3ᵉ Ton, publiée en 1700 dans le Second Livre
d’orgue, est écrite en la mineur, correspondant au troisième
mode ecclésiastique. Cette suite se distingue par sa richesse
expressive et sa diversité de textures, alternant pièces solistes
et dialogues entre les registres de l’orgue. Elle est conçue pour
exploiter pleinement les ressources de l’orgue français de
l’époque, dont l'orgue de la cathédrale d'Uzès est un bel
exemple.
- Prélude : Introduction solennelle à deux claviers, utilisat
les jeux de fonds et d’anches, caractéristique des grands jeux
français
-
Fugue : ou l'on entend l'art de Boyvin dans l'écriture
contrapuntique (écriture à plusieurs voix se mêlant ou se
répondant)
-
Dessus de Cornet séparé ou de petite tierce : Pièce
virtuose mettant en avant la voix supérieure (dessus) avec des
ornementations rapides et des accords.
-
Basse de Cromhorne : belle pièce mettant en valeur le jeu
d'orgue de « cromhorne », qui imite l'instrument du même
nom.
-
Concert de Flûtes ou fond d'orgue : pièce douce et
harmonique
-
Grand Dialogue à 4 Chœurs : pièce finale mettant en
opposition deux groupes de registres ou de claviers, illustrant le
dialogue entre différentes voix de l’orgue.
Nicolas de Grigny - Récit de tierce en taille
Nicolas de Grigny (1672–1703) est
l’un des plus grands maîtres de l’orgue français baroque, bien
qu’il soit mort jeune. Son unique Livre d’orgue, publié en 1699
à Reims, représente un sommet de l’écriture pour orgue en
France, admiré jusqu’à Jean-Sébastien Bach, qui en copia
l’intégralité de sa main. Ce recueil comprend cinq messes et
hymnes pour orgue, écrites dans le cadre de la liturgie catholique.
Parmi les pièces les plus célèbres
de ce recueil figure le « Récit de tierce en taille », qui
s’inscrit dans la Messe pour l’orgue (tonus primus). Il s’agit
d’un récit, c’est-à-dire une pièce soliste mettant en avant
une voix mélodique - ici placée en taille (dans la partie de ténor)
- accompagné par des jeux doux au positif.
Ce morceau est emblématique de
l’élégance et du raffinement du style français : la voix soliste
est ornée de nombreuses agréments, selon l’art du « bon goût »,
et avance dans une ligne mélismatique lente, pleine de gravité.
L’accompagnement, souvent à deux ou trois voix, soutient
discrètement la ligne principale, créant une texture sereine et
méditative. L’effet d’ensemble évoque une prière intime, un
moment suspendu dans la liturgie, à la fois austère et profondément
expressif.
Ce récit est un modèle de la
rhétorique musicale à la française : chaque note, chaque ornement
semble porter un sens, une émotion, une intention spirituelle. Sa
place dans la messe en fait un moment de recueillement, souvent joué
à l’élévation ou à la communion.
Johann Sebastian Bach – Sonate en trio BWV 529
Les six sonates en trio pour orgue de JS.Bach sont des
chefs-d'œuvre du répertoire baroque, composées probablement entre
1727 et 1730, durant son séjour à Leipzig. Contrairement à ce que
leur nom pourrait laisser croire, ces œuvres ne sont pas destinées
à trois musiciens, mais à un seul organiste, qui doit faire
entendre simultanément trois voix indépendantes : deux lignes
mélodiques confiées aux mains (claviers) et une ligne de basse
continue jouée au pédalier.
La 5eme sonate (BWV 529) en ut majeur se distingue par son éclat
lumineux et son écriture particulièrement claire et joyeuse. Elle
est composée en trois parties :
Allegro : le premier mouvement, d'une grande vivacité,
repose sur un thème entraînant et très rythmé. Les voix se
répondent avec légèreté et précision. Le ton de ce mouvement est
résolument joyeux, presque dansant, tout en affichant une grande
rigueur formelle.
Lento : en contraste total, le deuxième mouvement explore
une atmosphère contemplative. il met en valeur le chant expressif
des voix supérieures, soutenues par une basse discrète et fluide.
Le climat est plus intime, presque vocal, et démontre la sensibilité
harmonique de Bach.
Allegro : le troisième mouvement reprend une énergie
éclatante. C’est une fugue vive, construite sur un sujet enlevé
qui circule entre les trois voix avec une aisance souveraine.
L'équilibre entre rigueur contrapuntique et élan rythmique fait de
ce final une page particulièrement jubilatoire
Johann Sebastian Bach – Fantaisie en sol majeur BWV 572
La Fantaisie en sol majeur, également
connue sous le nom de "Pièce d’orgue", est une œuvre
singulière dans le corpus pour orgue de Johann Sebastian Bach.
Composée probablement à Weimar entre 1707 et 1712, elle témoigne
d’une période d’expérimentation stylistique où Bach explore
différentes formes, textures et influences européennes –
notamment le style français.
Contrairement aux grandes toccatas ou
préludes suivis de fugues, cette pièce est construite en un seul
mouvement continu, mais articulé en trois sections contrastées :
Une introduction brillante, marquée
par des traits rapides, des arpèges et des passages en accords
brisés, cette première partie évoque l’écriture française de
clavecin, pleine d’éclat et de virtuosité. Elle fait appel à la
vélocité de l’organiste et à une registration claire et festive.
Une section centrale plus méditative
où le discours se ralentit. La texture devient plus polyphonique,
presque improvisée. C’est un moment de respiration, dans un style
plus allemand, où la ligne mélodique et les harmonies prennent le
dessus sur la virtuosité.
n final resplendissant qui conclut
l’œuvre dans un grand déploiement d’accords majestueux, presque
orchestraux, affirmant la tonalité de sol majeur avec une puissance
jubilatoire. Cette conclusion, souvent décrite comme un "grand
chœur instrumental", rappelle l’influence du plein jeu
français et la grandeur de l’orgue baroque.
Cette fantaisie est un joyau
d’invention et de panache, parfaite pour ouvrir ou clore un récital
d’orgue. Elle révèle une autre facette de Bach : celle d’un
musicien brillant, audacieux, déjà maître de son langage, mais
encore « joueur » dans sa liberté de forme et de style.